L’amniocentèse

L’amniocentèse permettra de vérifier si le toxoplasme est passé ou non dans le liquide amniotique.
Cet examen, s’il peut faire peur aux parents car il comporte un risque de perte fœtale de 1%, reste moins risqué que le prélèvement de sang fœtal (2% de perte fœtale) qu’elle a supplanté.
L’amniocentèse  est nécessaire pour établir si le parasite a passé la barrière placentaire et appliquer le traitement adéquat.

DESCRIPTION DE  L’AMNIOCENTÈSE

L’examen consiste à prélever un échantillon de liquide amniotique pour analyser la présence ou non du parasite.
Il peut être impressionnant mais ce n’est ni plus ni moins qu’une grosse piqûre dans le ventre. Cela fait la sensation d’une piqûre intramusculaire: pas agréable mais pas vraiment douloureux non plus.
Cet examen doit être réalisé dans un contexte d’hygiène parfait par des gens qui en ont l’habitude, ce qui est le cas des centres spécialisés où vous êtes normalement suivie pour votre grossesse toxoplasmique.
Tout l’examen est fait sous contrôle échographique ce qui nécessite la présence de 2 opérateurs. L’examen s’ouvre sur une écho pour voir où est placé bébé afin d’éviter son contact. Pas d’inquiétude à avoir pour le fœtus toutefois, le bout de l’aiguille avec lequel le bébé risque d’être en contact est mou et certains petits curieux n’hésitent pas à l’attraper pour jouer avec.
On effectue l’examen à partir de la 18e semaine d’aménorrhée et au moins 4 semaines après l’infection de la mère.
On ne réalise pas cet examen plus tôt afin de ne pas effectuer ce qu’on appelle « un faux négatif »,  à savoir passer à côté de la présence du toxoplasme en faisant des analyses avant que celui-ci ait eu le temps de passer dans le liquide.
Même si les échos n’indiquent pas de signes cliniques de contamination du fœtus, l’amniocentèse est préconisée bien qu’elle soit effectuée uniquement avec le consentement éclairé de la patiente.
LES RÉSULTATS ET LEURS SUITES
Les délais
On effectue ce qu’on appelle une recherche du toxoplasme dans le liquide amniotique « par PCR« .
Les résultats sont disponibles dans un délai de 48 h à 1 semaine.
En cas de PCR négative, on effectue une inoculation à la souris, bien que globalement moins sensible qui demande un délai d’environ 6 semaines pour obtenir un diagnostic ferme.
Si la recherche du toxoplasme dans le liquide amniotique s’avère négative
Cela indique que le fœtus est indemne. La transmission maternofoetale a posteriori reste extrêmement rare mais dans un souci de prévention maximale, le traitement par spiramycine et le suivi échographique mensuel sont maintenus jusqu’à l’accouchement.
Si la recherche du toxoplasme dans le liquide amniotique s’avère positive
Ce résultat affirme la toxoplasmose congénitale, ce qui signifie que votre fœtus a été en contact avec le parasite. Ceci étant dit, le fœtus peut avoir été parasité sans pour autant développer la maladie. Et s’il a développé la maladie, l’infection n’est pas forcément grave. Sa sévérité dépend du nombre et de la virulence des parasites transmis et de la maturité immunitaire du fœtus. L’âge fœtal au moment de la transmission est donc fondamental. (cf la rubrique « En chiffres« )
L’amniocentèse ne permet pas de mesurer l’impact d’une toxoplasmose congénitale sur le fœtus. Seules les échographies permettent d’identifier les éventuels soucis de développement.
Mais analyser la présence du parasite dans le liquide amniotique permettra néanmoins d’administrer un nouveau traitement antibiotique: une association de pyriméthamine et sulfamide plus connue sous le nom de Fansidar.
Les diagnostics qui concluent à une interruption médicale de grossesse sont rares. Même après une amniocentèse qui avère la présence du parasite dans le liquide amniotique.
Comme l’explique la Faculté de Médecine de Strasbourg:
« Les indications de l’interruption médicale de grossesse (IMG) se sont beaucoup raréfiées. La preuve de la transmission maternofoetale, après amniocentèse est une condition nécessaire mais non suffisante. L’IMG sera discutée au cas par cas mais n’apparaît pleinement légitime que dans les séroconversions précoces (premier trimestre) ou associées à la présence de signes échographiques de gravité tels que l’hydrocéphalie ou la microcéphalie. Elle suppose le consentement éclairé de la patiente et l’accord écrit d’un Centre pluridisciplinaire de diagnostic prénatal. » 

LES RISQUES DE L’AMNIOCENTÈSE

Quelques soient les suites d’une amniocentèse, vous êtes automatiquement classée dans les « grossesses à risques ». Pas parce que vous entrez dans une période de menace permanente pour votre fœtus mais parce qu’on prend des précautions toutes particulières pour le suivi. Les risques de complications sont rares et pas tous synonymes de perte fœtale.

Douleurs abdominales
Elles ressemblent à des douleurs de règles. L’équipe médicale qui vous suit vous prescrira du Spasfon ou du Doliprane afin de les soulager.

Perte de liquide amniotique (écoulement par le vagin) et/ou une légère perte de sang
Ces signes sont symptomatiques d’une fissure de la poche des eaux (complication la plus fréquente de l’amniocentèse). Rendez-vous dès ces symptômes aux urgences maternité. Ne prenez pas les transports en commun. Au besoin, appelez les pompiers qui pourront vous transporter couchée et dans un environnement sain.
Vous serez gardée en observation quelques jours le temps de faire le point. L’équipe vérifiera le volume de liquide amniotique qui s’écoule (la vérification se fait par échographie) et devra en fonction compenser ou non cette perte de liquide par un liquide de synthèse. Si vos pertes sont sans incidence sur le volume nécessaire au bébé, l’injection de liquide de synthèse ne sera pas utile car le liquide amniotique se régénère et il est possible que vous en recréiez suffisamment naturellement pour compenser la perte.
Vous serez immobilisée plus ou moins intensément en fonction du volume d’écoulement afin d’éviter une rupture franche de la poche des eaux.
L’autre point sur lequel se penchera rapidement l’équipe sera la recherche d’une éventuelle infection. Des examens sanguins, d’urines et des prélèvements vaginaux seront effectués. En attendant les résultats (ceux des urines et du frottis mettent plusieurs jours), même si vous ne présentez pas de symptômes d’infection (de la fièvre notamment), vous serez mise sous perfusion d’un antibiotique à spectre large en attendant, s’il y a infection analysée, d’administrer un antibiotique plus spécifique à votre problématique.
Si peu de liquide s’écoule on peut espérer une résolution spontanée avec un colmatage de la fissure sous une quinzaine de jours. Le bébé qui grossit pousse sur les membranes et « bouche » le point de fuite. Vous serez toutefois sous surveillance avec l’organisation d’un suivi  à domicile et une exigence de repos maximum (arrêt de travail jusqu’à la fin de la grossesse, peu de déplacements..)
Fièvres, contractions utérines et/ou une sensation de froid ou de chaud
Ces signes sont symptomatiques d’une infection. Comme pour une fissure, rendez-vous aux urgences maternité afin de canaliser rapidement l’infection via une injection antibiotique à spectre large par intraveineuse en attendant que les analyses permettent un traitement plus précis. Vous serez gardée quelques jours en observation afin de voir comment l’infection évolue.

 

Les complications les plus graves et les complications mineures
Elles commencent éventuellement de la même manière (cf symptômes évoqués ci-dessus)  et ce sont leurs conséquences qui déterminent leur classification selon la Haute Autorité de Santé en catégorie grave ou mineure :

- les complications graves : Le risque extrême est la perte fœtale. Selon les études, les résultats indiquent que ce risque s’élève entre 0.6% et 1%. Environ 10% à 50% de ces accidents sont provoqués par une infection. Les infections concernent environ 1 à 2 pour 3000 interventions. Il est donc nécessaire de réaliser l’examen dans le plus grand respect des règles d’hygiène.
Après l’examen, ne prenez pas les transports en commun qui sont un vrai nid à miasmes et foncez à l’hôpital dès les premiers symptômes fiévreux pour être mise tout de suite sous antibiotique.
- les complication mineures : Telles que décrites par l’H.A.S  : « la fuite de liquide amniotique, les saignements, les contractions utérines et les douleurs abdominales. Ces complications se produiraient à la suite de 1 % à 5 % des interventions et seraient généralement spontanément résolutives. »

 

Les facteurs de complications
Selon l’H.A.S : « Plusieurs facteurs associés à la survenue des complications de l’amniocentèse ont été mis
en évidence. Certains sont liés à la procédure elle-même : nombre de placements de l’aiguille, prélèvement de liquide hémorragique ou trouble, positionnement transplacentaire de l’aiguille. D’autres sont liés aux antécédents obstétricaux et aux caractéristiques cliniques des femmes : âge maternel élevé, antécédent de 3 ou plus interruptions de grossesse, fausse couche du 2e trimestre, hémorragie, fuite de liquide amniotique ou rupture des membranes au cours d’une grossesse antérieure.
D’après les travaux du Royal College of Obstetricians and Gynecologists (RCOG) au Royaume Uni en 2005 (95), les études sur la survenue de complications (pertes fœtales en particulier) en fonction de l’expérience des professionnels après la réalisation d’une amniocentèse posent un certain nombre de problèmes d’interprétation en raison de biais (il s’agit essentiellement d’études descriptives) et étant donné l’évolution des techniques. Ainsi, s’il est possible de dire que des opérateurs très entraînés auraient un meilleur taux de réussite avec un risque plus faible de pertes fœtales, il n’est pas possible de définir des seuils annuels de procédures à réaliser pour lesquels les compétences seraient acquises et/ou maintenues. »

Pour mettre toutes les chances de votre côté effectuez votre amniocentèse dans un centre spécialisé.